Chauffeur poids lourds

En 2018, la Journée Découverte Entreprises souhaite mettre l’accent sur les métiers en pénurie en Wallonie. La situation est critique dans notre région et de nombreux emplois restent vacants en raison d’un manque de candidats. Sur cette liste figure notamment le métier de chauffeur poids lourds. Yves Weutsen, chauffeur poids lourds dans une entreprise liégeoise et Philippe L’hoir, formateur poids lourds au Forem, nous en disent plus sur ce métier…

Yves Weutsen, chauffeur poids lourds chez M. Bonten

Yves Weusten, un souriant Liégeois de 46 ans, travaille chez M. Bonten s.a. depuis 2000. Installée à Aubel, en plein cœur du pays de Herve, depuis sa création en 1946, l’entreprise générale de construction et menuiserie M. Bonten s.a. occupe près de 15.000 m². Une entreprise familiale avec une solide expérience qui regroupe en son sein : construction, travaux publics, bâtiments industriels, villas privées, rénovation, développements immobiliers et menuiserie.

« Je suis chauffeur et terrassier. Je réalise le trou avec une pelle hydraulique avant la construction de la maison. Mais je fais aussi de l’égouttage, du placement de citernes, de bordures… C’est un domaine fort étendu ! » Yves n’est donc pas seulement chauffeur poids lourds. « Je fais beaucoup de choses sur une journée. Et c’est ça que j’aime vraiment bien. Et puis, être à l’extérieur est aussi quelque chose qui me plaît énormément. »

Yves Weusten a fait ses études secondaires à l’Institut Saint-Joseph de Visé comme tourneur hydraulique. « En 1988, un ami m’a proposé un job d’étudiant. J’ai donc passé deux congés scolaires chez mon précédent employeur, Laschet-Taeter, à Hambourg, comme étudiant. Mais je n’avais pas de permis, donc je roulais sur site fermé et j’apprenais le métier d’opérateur grutier. J’avais 17 ans. Le métier me plaisait beaucoup. Quand j’ai terminé mes études, mon patron m’a proposé de m’engager. Et il m’a offert mon permis poids lourds, c’était 45.000 FB à l’époque. Ça m’a plu tout de suite. Je pensais que c’était ma voie et ce qui me convenait le mieux. »

 « Mon métier est varié et passionnant. J’ai appris beaucoup de choses chez Bonten aussi. Pas au niveau de la route mais au niveau du bâtiment. Chez Laschet-Taeter, où je suis resté jusqu’en 2000, je faisais essentiellement du terrassement. Chez Bonten, je touche à tout : je fais de la voirie, je pose des bordures, je fais du pavage… C’est beaucoup plus diversifié. Quand il y a un temps mort, je vais parfois un peu maçonner. C’est rare mais je le fais aussi. »

« Au quotidien, mon métier est agréable s’il est bien organisé, mais il peut aussi être stressant dans les imprévus. Ma journée commence à 6h30. Je regarde mon planning avant d’aller sur un des chantiers qui m’est attribué. Et je dois veiller à prendre les bons matériaux avant de démarrer. Ça peut me prendre 15 minutes ou 1 heure. Je préfère le faire le matin. Parce que, parfois, la veille, je reviens de loin et il est parfois 19h ou 20h et je suis fatigué de ma journée. Quand j’ai atteint mon chantier, je décharge mon camion et puis, j’entame mon travail sur une pelle mécanique ou les voiries. Je transporte des machines de chantier et des matériaux de construction. Les trajets sont pour la plupart régionaux. Mais je vais parfois dans le Brabant wallon. »

Comme tous les métiers, chauffeur poids lourds a ses avantages et ses inconvénients.« Le travail doit se faire dans les conditions climatiques parfois difficiles : pluie, neige et canicule. C’est un métier qui est dur. Physiquement, on le ressent. Je suis régulièrement des séances d’ostéopathie et de kiné. ». Les avantages ? « Être dehors est important pour moi. Il est varié. Un jour n’est jamais pareil à l’autre. Les travaux sont diversifiés et je n’ai jamais le temps de m’ennuyer. »

« Ce que j’aime, c’est démarrer la journée de travail tôt le matin et m’adapter aux exigences des chantiers. Ce que je préfère, c’est en fin de journée avoir la satisfaction du travail bien exécuté et voir le résultat final. » Pour rien au monde, Yves Weusten ne voudrait changer de métier. « Parce qu’il me plaît trop. Je suis un passionné. Je suis fier de ce que je réalise. »

Philippe L’hoir, formateur poids lourds au Forem

Avant de devenir formateur poids lourds au Forem en 2013, Philippe L’hoir a parcouru les routes pendant 21 ans. Il connaît donc bien le métier qu’il enseigne aux demandeurs d’emploi.

« Chauffeur poids lourds est un métier qui n’est pas facile. On est solitaire. S’il est en contact avec le dispatching ou un patron, le chauffeur est seul dans son camion. Il doit aller d’un point A à un point B et il doit se débrouiller avec les interdictions et les réglementations routières. On ne peut pas conduire plus de 4h30 consécutives. Donc, il doit y avoir un repos de 45 minutes avant d’entamer les 4h30 suivantes. Et parfois, le trajet est plus long. Donc, il faut s’arrêter et dormir sur la route. Et donc on ne voit pas sa femme et ses enfants. Ça impacte un peu la vie de famille. »

Et ce n’est pas la seule contrainte.« On déloge. Il faut se lever très tôt et rentrer parfois très tard. Et on en demande de plus en plus aux chauffeurs. Ils doivent suivre des cours pour le transport de marchandises dangereuses, il y a la formation continue obligatoire, qui est la mise à jour continue du chauffeur… Mais c’est un métier que j’ai aimé et que j’aime toujours. Parce que la route, c’est la liberté. Et se débrouiller… C’est un métier où on est quand même fier. Charger un camion et aller livrer, c’est une chose. Mais c’est un métier magnifique où il faut être vif sur la route, où on voit du monde… » Chauffeur poids lourds, un métier qui attire moins que par le passé ? « Oui ! Parce que les gens n’aiment pas se lever très tôt et n’aiment plus déloger. Mais c’est un métier où on est bien payé. »

Le Forem ne propose aucune formation diplômante. Mais il dispense des formations certifiantes.

Elles sont gratuites pour tous les demandeurs d’emploi, libres ou indemnisés, inscrits au Forem.

En fin de formation, ils obtiennent non pas un diplôme mais un certificat de compétences. « Après la formation, les demandeurs d’emploi trouvent immédiatement du travail. »

NICOLAS DEWAELHEYNS